Projet « Wara Nihon » : le voyage en maison mobile de Chin et Pierre, à la découverte d’un Japon inspirant

Dans le cadre de leur projet de documentaire « Wara Nihon », Pierre et sa femme Chin souhaitent faire le tour du Japon avec une maison mobile qu’ils vont construire eux-mêmes. Ils iront à la rencontre de personnes créatives et inspirantes qui ont une vie simple et proche de la nature, loin du tumulte des grandes villes… Dans cet entretien, Pierre nous en dit plus sur son parcours et sur ce projet positif qui, grâce à une campagne de financement participatif, va pouvoir démarrer dans quelques jours.

Pierre, peux-te présenter et nous raconter ton parcours ?

Je m’appelle Pierre Westelynck, j’ai 33 ans et j’ai grandi à la campagne dans la Creuse.

J’ai passé un bac ES, puis j’ai obtenu une licence en sociologie et un master professionnel édition à l’Université de Limoges.

J’ai ensuite été journaliste pendant huit ans dans un quotidien régional du Limousin.

J’avais acheté une maison dans un petit village en Creuse où on était trois habitants ! J’étais entouré par la forêt et les animaux, et je comptais y rester faire ma vie.

Mais je ne m’épanouissais pas dans mon travail. J’y allais à reculons et j’avais envie d’autre chose…

J’ai donc décidé de quitter mon boulot et de vendre ma maison.

J’avais envie de me tourner vers des choses positives et j’ai eu un déclic après avoir vu le documentaire « Demain » de Cyril Dion, qui va à la rencontre de personnes qui mettent en œuvre des initiatives positives pour faire face aux enjeux sociaux et environnementaux.

Qu’as-tu fait à ce moment-là ?

Je suis parti dans le sud de la France à Montpellier où j’ai été accepté comme bénévole dans l’association « On passe à l’acte » qui fait des interviews et des films sur les initiatives positives en France depuis une dizaine d’années. Ils ont fait environ mille interviews de personnes dans tous les domaines.

A leur contact, j’ai beaucoup appris. Je n’avais jamais touché à une caméra ni à un logiciel de montage. Et un jour, le responsable de l’association m’a proposé de faire un documentaire sur ce qu’ils avaient réalisés depuis dix ans. J’étais très intéressé et pendant un an, on a travaillé ensemble à la réalisation du film « Artistes de la Vie » qui est sorti au cinéma en septembre 2019 et qui a bien marché.

Après le film, j’ai décidé de créer ma société de production de films-documentaires qui s’appelle « Bain de forêt ».

A ce moment-là, je n’avais aucun lien avec le Japon et pourtant j’ai choisi un nom qui vient d’un concept japonais, le Shinrin-Yoku, qui est une pratique thérapeutique japonaise qui préconise de passer du temps en forêt. C’était peut-être un signe !

L’idée de cette société de production, était de partir au tour du monde et de rechercher des personnes inspirantes, de les aider et de faire un documentaire sur eux.

J’ai démarré au Népal avec une ferme minimaliste située dans les montagnes où j’ai tourné mon documentaire « Chhintapu », puis j’ai été en Inde où j’ai fait du volontariat dans une école alternative qui prône l’épanouissement et la responsabilisation des élèves. Et en 2019, je me suis arrêté en Birmanie dans un centre de méditation de bouddhistes… Et c’est là que j’ai rencontré ma femme Chin qui avait passé deux ans à voyager !

On s’est rendu ensemble en Thaïlande où on a fait un peu de volontariat dans un centre de retraite de yoga puis dans un centre de secours pour animaux.

Et il y a un an et demi, je l’ai rejointe au Japon à Tokyo.

Que peux-tu nous dire sur ta femme ?

Elle a 35 ans, est née en Chine dans la province de Jiangxi et est arrivée au Japon à l’âge de 20 ans pour faire des études d’architecture. Elle avait trouvé un travail dans un cabinet d’architectes où elle a travaillé quelques années, puis elle s’est faite naturalisée Japonaise.

Le rythme de travail et la pression dans cette entreprise, ainsi que sa vie stressante à Tokyo, l’avaient poussé à quitter le Japon ; elle est partie deux ans en Europe et en Amérique du Sud pour expérimenter d’autres choses et pour se trouver elle-même notamment à travers sa passion, la peinture.

Peinture réalisée par Chin

Où vivez-vous actuellement ?

On vit actuellement dans une maison partagée dans le quartier de Ueno à Tokyo.

Mais quand je suis arrivé au Japon avec Chin, elle n’avait plus d’appartement vu qu’elle avait voyagé pendant deux ans. On est resté un mois chez des amis à elle. Puis avant de trouver cette maison partagée, on logeait dans une petite résidence où je nettoyais les logements en échange d’une baisse de loyer. Et Chin de son côté avait trouvé un emploi à temps partiel.

Que penses-tu de la ville de Tokyo ?

Je n’ai jamais vécu en ville et quand je suis arrivé à Tokyo, j’ai eu l’impression d’être un peu à « Zombieland » ! Pour moi, la ville de Tokyo a été un vrai choc, plus que le Népal, l’Inde ou la Birmanie.

Je ne comprenais pas pourquoi les gens ne souriaient pas, ni pourquoi ils étaient si pressés..

Je ne connaissais rien de la culture japonaise et je n’étais pas préparé… Les premiers mois ont été délicats et je savais que je ne pourrai pas faire ma vie ici.

Mais ce que je n’avais pas compris au départ c’est que Tokyo n’est pas le Japon !

J’ai besoin de nature, et ma femme aussi. Lorsqu’elle est partie en Amérique du Sud, elle a vécu deux mois dans une maison abandonnée au milieu des montagnes sans électricité. Elle aspire à revenir à une vie simple proche de la nature.

Peux-tu nous parler de votre projet « Wara Nihon » ?

En arrivant à Tokyo, nous n’avions pas d’argent. Notre projet était de partir à la campagne pour faire « quelque chose » mais il fallait que l’on reste un peu à Tokyo le temps d’économiser assez pour partir…

N’ayant qu’un visa de touriste à l’époque (j’ai un visa époux depuis notre mariage en janvier 2021), je ne pouvais pas travailler. J’avais juste fait un peu de volontariat, et Chin avait son emploi à temps partiel.

J’avais toujours mon idée de documentaire et vu qu’on est assez nomade tous les deux, on est allé à la rencontre d’une communauté qui s’appelle « Bochi Bochi » à Yuru Yuru Ecovillage dans la préfecture de Kanagawa. Ils construisent des maisons mobiles sur des petits utilitaires appelés K-Truck et voyagent autour du Japon.

Camion d’une tonne aménagé par Naru, fondateur de la communauté Bochi Bochi
Maison mobile sur un K-Truck
Intérieur d’un camion aménagé

On s’est dit qu’il n’y avait pas meilleure façon de découvrir le Japon tout en vivant simplement !

On a donc commencé à réfléchir à ce projet et à faire des recherches sur internet.

Le projet de documentaire Wara Nihon qui signifie « le Japon sourit » mais aussi « deux brin de pailles » vient surtout de certaines rencontres, comme à Yuru Yuru Ecovillage où on a été accueilli par un artiste qui s’appelle Hiryu Sobajima. Il y a quinze ans, il a racheté un bâtiment abandonné et l’a rénové avec des matériaux recyclés pour en faire un espace de vie, de partage, d’événements, ouvert à tous, avec un musée, une salle de projection, un espace café/cuisine… Il adore sa vie qui paraît tellement simple.

Le bâtiment d’accueil d’Hiryu
Hiryu à droite de la photo
Espace café/cuisine

On a voyagé un peu à travers le Japon et on a rencontré d’autres personnes très inspirantes comme par exemple cet homme qui a rénové un ancien bâtiment et qui en a fait un cinéma pour un village… Il avait peut-être 70 ans mais il dégageait une telle énergie !

Avec ce projet, on souhaite aussi montrer une autre facette du Japon. On a souvent l’image de Japonais timides un peu renfermés sur eux-mêmes, mais en parcourant le Japon, on voit beaucoup de gens très expressifs qui sont souriants et très ouverts.

As-tu eu le temps d’apprendre le japonais ?

Je parle très mal japonais.. je me suis inscrit à des cours gratuits proposés par les mairies mais je n’ai suivi que quelques cours car les professeurs ne parlaient qu’en japonais et j’avais beaucoup de mal à suivre..

Dans les communautés que l’on a déjà rencontrées, ils ne parlent pas anglais mais je n’ai pas eu trop de problème de communication. J’ai fait de belles rencontres avec des gens ouverts et finalement la barrière de la langue n’était pas un souci.

Avez-vous déjà prévu un itinéraire pour votre voyage ?

On va aller voir les gens que l’on a déjà eu la chance de rencontrer mais on n’a pas de plan..

La météo va décider de notre itinéraire : on ira vers le sud l’hiver et vers le nord l’été !

Peux-tu nous parler de la campagne de financement participatif que vous avez lancé ?

On a débuté cette campagne de financement participatif pour nous aider dans ce projet début juillet et nous avons déjà atteint le premier seuil de 600 000 yens ! Ce qui va nous permettre la construction de notre maison mobile à Yuru Yuru Ecovillage au début du mois d’août.

La campagne de financement participatif se poursuit avec la seconde phase : la réalisation et la production de notre film documentaire.

Il y aura ensuite la troisième phase pour le financement de la post-production et la distribution au Japon et à l’international.

Que pensent vos familles et vos amis de ce projet ?

La famille de Chin ne comprends pas trop, ils sont loin de la vie que nous menons mais ils la soutiennent.

Nos familles et nos amis sont dans l’ensemble assez admiratifs et curieux de ce que nous allons réaliser.

Est-ce que tu as pu te faire des amis depuis ton arrivée au Japon ?

Chin avait déjà son réseau d’amis mais tout seul, je pense que j’aurai mis du temps pour me faire des amis. Pendant près d’un an, je n’ai rencontré aucun Français !

Mais ensuite on a fait une belle rencontre avec Hélène la fondatrice de l’organisation Ekolokal à Tokyo, qui promeut un mode de vie plus écologique.

On fait beaucoup d’activités ensemble, elle nous soutient et organise notamment des évènements pour parler de notre projet. Avec Chin, on va d’ailleurs devenir ambassadeur et ambassadrice d’Ekolokal, on a une relation très forte avec cette organisation.

Quelles sont tes attentes concernant ce film-documentaire et quel sera ton choix de réalisation ?

On veut surtout montrer l’énergie et la beauté des personnes que l’on va filmer ; on souhaite aussi que les spectateurs prennent du plaisir à le regarder.

Ce sera différent de mon film « Artistes de la Vie », composé d’interviews et témoignages de gens qui parlaient de leur changement de vie.

Celui-ci sera plus contemplatif… On sera plus dans l’observation sur le contact des gens avec la nature et les projets qu’ils ont en cours, plutôt que de commenter ce qu’ils font.

On ne va pas seulement filmer mais on va aussi les aider, participer à leurs activités et tisser des liens avant le tournage du film.

L’idée, c’est de rester plusieurs mois pour chaque projet, on ne veut pas être pressé par le temps.

Avez-vous d’autres projets ?

En parcourant le Japon, on aimerait trouver notre petit coin de paradis. On souhaiterait acheter un bout de terre, rénover une maison abandonnée et nous y installer. Puis pratiquer une activité en lien avec la nature, l’agriculture et l’art…

Merci Pierre pour cet échange très inspirant. A bientôt sur les routes du Japon !

Pour plus d’informations sur ce projet et pour soutenir Chin et Pierre, voici le lien de leur campagne :
http://kck.st/36e5Ypr

Vous pouvez aussi suivre Pierre sur les réseaux sociaux :

Facebook : https://www.facebook.com/pierre.westelynck.509

Instagram : https://www.instagram.com/pierre.westelynck7/

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