Julien, co-fondateur de Kohachi beerworks, la première bière belgo-japonaise

Originaire de Belgique, Julien avait tout pour être heureux avant de tout quitter pour s’installer au Japon. Avec sa femme Nobuko, il vit aujourd’hui dans un petit village au nord de la Préfecture de Kyoto. Ensemble, ils ont créé la première bière belgo-japonaise avec leur entreprise Kohachi beerworks. Dans cet entretien, il revient sur son parcours, son aventure au Japon ainsi que sur son activité de brasseur.

Julien, peux-tu te présenter et nous parler de ton premier contact avec le Japon ?

Je m’appelle Julien, je suis Belge et j’ai grandi à Louvain dans le Brabant wallon.

A 18 ans, avant de commencer mes études supérieures, j’ai décidé de partir trois mois au Japon, un pays que je souhaitais absolument découvrir…

Depuis mon enfance, je suis passionné par le Japon. Mon grand-père qui était capitaine dans la marine marchande, voyageait énormément et a transmis la passion du voyage à toute ma famille. A l’âge de 11 ans , il m’a offert le livre La pierre et le sabre, l’histoire romancée de Miyamoto Muzashi, un grand samouraï de l’époque Edo. Ce livre qui n’était pas vraiment destiné à un jeune adolescent, a été une révélation !

Je n’ai jamais été attiré par la pop culture japonaise. Je ne me sens d’ailleurs pas vraiment à ma place quand je me retrouve dans des groupes de « fans » du Japon ! Ce qui m’intéresse surtout, c’est l’histoire et la culture ancienne du pays.

Comment se sont passés tes premiers séjours sur l’archipel ?

En 2009, je suis parti trois mois en sac à dos. J’ai fais beaucoup de woofing (travail dans des fermes en échange du gîte et du couvert), et j’ai surtout voyagé en train notamment sur l’île principale Honshu.

J’ai essayé d’y aller sans à priori et en ayant aucune attente particulière… et j’ai adoré ! Cette expérience a confirmé l’idée que j’avais du Japon.

Je suis ensuite rentré en Belgique pour commencer des études d’infographie en spécialisation « animation 3D »… Puis, je suis reparti au Japon quelques temps plus tard en voyageant principalement en stop de Tokyo jusqu’à Kyushu puis Shikoku. Kyushu, c’était une découverte incroyable : il y fait très chaud en été, mais il y a de grandes plaines immenses avec de magnifiques paysages…

J’avais une tente dans mon sac que je n’ai pas beaucoup utilisée car j’étais régulièrement très bien accueilli chez les habitants. Et avec les quelques mots de japonais que je connaissais, j’arrivais quand même à me débrouiller !

Trouver des hébergements dans les grandes villes était par contre plus compliqué. Mais grâce à un ami étudiant Japonais que j’avais rencontré en Belgique, qui avait un bon réseau d’amis étudiants sur tout l’archipel, j’ai pu être hébergé sans difficulté à chaque fois que j’arrivais dans une ville.

C’était une très bonne expérience que j’ai renouvelée quand je me suis installé au Japon il y a quatre ans : partir en stop ou à vélo, prendre une direction et voir où cela me mène !

Justement, de quelle manière es-tu venu t’installer au Japon il y a quatre ans ?

Au retour de mon dernier séjour au Japon, j’ai commencé à chercher du travail à Bruxelles. J’ai fais quelques petits boulots dans le domaine de l’infographie mais il y a beaucoup trop de contrats précaires dans ce secteur.

J’ai finalement trouvé un emploi au Musée des Sciences Naturelles de Bruxelles, où j’étais chargé d’illustrer des livres scientifiques. Je dessinais surtout des insectes et notamment… le pénis des insectes ! C’était inattendu !

Mais après deux années, alors que j’avais tout pour être heureux : un bon travail, une copine incroyable, un appartement, un chat et de supers potes… je me suis rendu compte que je n’étais pas complètement satisfait de ma vie. Ma compagne de l’époque me conseilla alors d’aller au bout de mon rêve : « va vivre au Japon, prends des cours de japonais et essaie d’y vivre pendant un an, après tu verras ».

Du coup, j’ai mis une année à mettre assez d’argent de côté pour me payer un cursus dans une école de japonais à Kyoto, et je suis parti, j’ai tout quitté…

Comment s’est passée ton arrivée à Kyoto ?

Je suis arrivé en septembre 2017. J’avais eu dix jours pour m’acclimater avant de commencer les cours de japonais dans une petite école près de Kyoto.

L’école me louait un petit appartement avec une salle de bains minuscule où tu peux te doucher sur les toilettes tout en te brossant les dents !!

Mais contrairement à mes deux premiers voyages, ce fut un choc…

Qu’as-tu ressenti pendant ces premiers mois de vie dans cette région ?

L’école était située en banlieue de Kyoto à Nishikyogoku vers Arashiyama -où se trouve la forêt de bambous-.

Forêt de bambous à Arashimaya

Ce n’était pas un endroit qui m’intéressait vraiment car composé uniquement d’habitations. Je me suis senti très seul ; il y avait peu de francophones, je faisais aussi partie des plus âgés de l’école, et je n’avais pas les mêmes centres d’intérêts que mes camarades de classe. J’avais l’âge des professeurs mais dans le milieu scolaire, on a tendance à traiter tout le monde comme des enfants !

Après les trois premiers mois, l’argent commençait à manquer. Je devais trouver un emploi en parallèle de mes cours. J’ai commencé à travailler au restaurant vegan Ukushima Garden situé dans le centre de Kyoto -qui a fermé définitivement en 2019-. Les journées étaient chargées entre mes cours, le trajet en vélo pour me rendre à Kyoto, la préparation du restaurant, le travail qui durait de 14h à minuit, les courses au Konbini puis mes devoirs à faire pour le lendemain ! Je travaillais six jours sur sept. J’ai perdu 15 kilos en six mois !

C’est dans ce restaurant que j’ai rencontré mon épouse Nobuko qui était ma responsable ; étant parfaitement bilingue japonais/anglais, elle m’a beaucoup aidé dans mes échanges avec les propriétaires…

Tu as aussi été guide touristique à KyotoPeux-tu nous en dire plus ?

Lors d’une soirée de dégustation de saké, j’ai rencontré un couple franco-japonais dont le mari Français était chef cuisinier et son épouse, responsable des guides de la société Vivre le Japon. Le métier de guide m’avait toujours intéressé ; étant passionné d’histoire japonaise, j’avais commencé à étudier les temples et les sanctuaires de Kyoto dès que j’avais un peu de temps.

C’est ainsi que j’ai été recruté par cette entreprise ; je guidais des groupes de francophones en parallèle de mes études de japonais et de mon emploi au restaurant… Au bout de quelques mois, je n’en pouvais plus. Les cours devenaient ennuyants car les étudiants se préparaient pratiquement tous à passer le JLPT -l’examen de langue japonaise-, et on ne faisait plus que des QCM. J’ai alors pris la décision d’arrêter l’école trois mois avant la fin de mon année. Au même moment, ma compagne Nobuko avait trouvé un emploi dans le restaurant Monk, proche du temple bouddhiste le Pavillon d’Argent à quelques mètres de Vivre le Japon. On s’est alors installé dans une petite maison où l’on a vécu pendant un an et demi.

Et de quelle manière vous-êtes vous retrouvés dans le petit village où vous habitez aujourd’hui ?

Nobuko a toujours eu le projet d’ouvrir une auberge dans un village. On a donc commencé à partir en exploration à la campagne tous les week-ends pendant plusieurs mois pour trouver une maison qui nous correspondait. Puis, un jour nous avons visité la province de Tango au nord de la préfecture de Kyoto, vers Amanohashidate, « l’une des trois plus belles vues du Japon ».

Amanohashidate, une des plus belles vues du Japon

Et j’avais vu sur internet qu’un jeune couple recherchait de l’aide pour rénover une maison traditionnelle de l’époque Edo. L’endroit était incroyable ! Je n’avais aucune expérience dans la rénovation d’une maison ancienne mais avec l’aide de menuisiers sur place -et grâce à YouTube !-, j’ai pu participer au montage de la structure du bâtiment traditionnel le temps d’un week-end. Le jeune homme que nous avions aidé nous avait alors conseillé de visiter le village de Kamiseya où nous habitons actuellement…

Quand nous sommes arrivés pour la première fois à Kamiseya situé à 80 kilomètres de Kyoto, nous avons rencontré Ayumi, une jeune femme qui fabrique du papier washi et qui a créé son entreprise いとをかし (itowokashi). Bizarrement, elle nous a accueilli comme si elle nous avait toujours connu !… C’était une journée particulière. Dehors, il faisait froid avec une petite bruine. Ce n’était pas vraiment le temps idéal pour visiter cet endroit. Et puis, le ciel s’étant dégagé, tous les nuages avaient laissé place à une baie magnifique avec la mer et les montagnes au loin… On avait trouvé notre chez nous !

Lors de notre deuxième venue dans le village, les habitants avaient même organisé une soirée surprise en notre honneur ; on en avait profité pour parler de notre projet. Tout le monde était très enthousiaste !

Que peux-tu nous dire sur ce village de Kamiseya ?

Il faut savoir qu’un incendie avait ravagé le village dans les années 1940 et que les maisons avaient été reconstruites dans la précipitation, ce qui explique le mauvais état de la plupart de ces maisons qui sont gorgées d’humidité… Et à cette époque, de nombreux villageois étaient partis en laissant le village à l’abandon.

Aujourd’hui, il ne reste plus qu’une dizaine de familles, dont plusieurs personnes âgées. Quelques jeunes se sont installés par choix, comme Ayumi qui fabrique du papier washi en cultivant du mûrier sauvage, mais aussi Saito-san qui créé du fuji-ori avec son entreprise ののの (no no no): elle récolte de la glycine dans la forêt, retire l’écorce et confectionne des tissus. Kamiseya est l’un des derniers villages qui fait perdurer cet artisanat.

On a tous une démarche écologique et naturelle comme le fermier bio qui n’utilise pas de pesticides dans ses cultures… Nous souhaitons garder l’eau la plus claire et la plus potable possible.

Cette communauté nous a vraiment donné envie de rester !

Avez-vous pu mener à bien votre projet d’auberge/maison d’hôtes ?

Pendant un an, nous avons fait des allers-retours pour visiter des logements vides à Kamiseya… Mais après plusieurs déboires et faux espoirs dans notre recherche, la pandémie de Covid-19 est arrivée et a changé tous nos plans !

A l’origine, nous souhaitions ouvrir une maison d’hôtes avec une clientèle principalement étrangère mais avec la crise sanitaire et la fermeture des frontières, nous avons dû abandonner ce projet.

Comment vous-êtes vous adaptés à cette situation ?

Il était hors de question de quitter ce village ! Nous avions arrêté tous les deux nos emplois respectifs et nous ne souhaitions pas revenir en arrière…. mais à un moment donné, nous avons eu quelques doutes à cause de nombreux soucis administratifs, comme celui des cadastres : certains terrains datant de la guerre n’ont plus de propriétaire, et il est très compliqué de retrouver les descendants d’anciens propriétaires disparus… C’est aussi l’une des raisons qui explique le grand nombre de logements vacants au Japon.

Au final, grâce à un ami qui nous a mis en relation avec le responsable d’une banque, nous avons construit un plan ensemble, et c’est là que nous avons décidé de produire de la bière artisanale.

Tu avais déjà brassé de la bière avant ?

Oui, pour ma consommation personnelle en Belgique ainsi qu’à mon arrivée au Japon.

En tant que Belge, j’avais vite fait le tour de la bière japonaise qui ressemble trop à la bière américaine ; j’avais envie de retrouver la saveur unique de la bière belge !

Brasser m’avait vraiment plus et en discutant avec le banquier, c’était clairement l’activité la plus faisable que nous pouvions faire. On hésitait… et puis notre entrevue à Kyoto avec le patron du restaurant où avait travaillé Nobuko a été décisive : il était prêt à nous acheter nos bières et à être notre premier client ! C’est de cette façon que nous avons créé notre brasserie Kohachi beerworks.

Avez-vous finalement trouvé une maison qui convenait à votre activité ?

Effectivement, en début d’année 2020, nous avons trouvé une maison proche de l’entrée du village, en bon état avec un espace dédié à tous les travaux manuels, et un terrain pour faire un potager. En un mois, nous avons acheté cette maison qui nous a couté 8 000 euros environ. Il nous reste encore beaucoup de travaux à réaliser ; pour le moment nous avons dépensé près de 30 000 euros dans la rénovation (dont 18 000 euros d’aides versées dans le cadre de l’achat d’une maison ancienne).

© Kohachi beerworks / maison de Nobuko et Julien

Nous attendons d’avoir les fonds pour créer un grand espace pour accueillir les clients dans le cadre d’évènements autour de la bière.

Les principaux travaux que nous avons réalisés se trouvent au niveau du sol, la création d’une salle de bain et d’une cuisine… Pour le sol, un vieil homme Toku-san qui est forestier, nous a donné tous les matériaux et conseils dont nous avions besoin.

Nous avons d’abord commencé à brasser chez un ami qui est brasseur depuis plusieurs années, afin de nous tester. Nos bières se sont bien vendues auprès de restaurants Kyotoïtes principalement, ce qui a permis de débloquer des fonds pour débuter les rénovations nécessaires pour nous lancer dans cette activité. Nous avons dans la foulée acheté des cuves de 400 litres en provenance du Canada.

© Kohachi beerworks / réception des cuves de 400 litres

Et avez-vous rencontré des difficultés dans le lancement de votre brasserie ?

J’ai dû prouver que j’avais une expérience de brasseur, j’ai donc travaillé dans plusieurs brasseries pour obtenir ma licence. Je n’ai reçu ma licence qu’au bout d’un an ! On a vécu quelques mois compliqués en fin d’année dernière car nous n’avions plus de rentrée d’argent ; nous attendions cette fameuse licence que j’ai finalement reçue au début de cette année.

Quelle est la principale contrainte que vous rencontrez dans votre métier ?

La principale difficulté est de réussir à se fournir en matières premières et en équipements. Le Japon étant une île avec des règles d’importations plutôt strictes, c’est compliqué de subir la lenteur de la bureaucratie japonaise dont le fonctionnement est très archaïque.

D’ou viennent les matières premières que vous utilisez ?

Le malt vient d’Allemagne, puisqu’au Japon le seul orge pour bière qui est cultivé vient du nord du Japon et est la propriété des grandes brasseries japonaises.

Le houblon -plante dont les fleurs donnent l’amertume et la saveur à la bière- est aussi majoritairement cultivé dans le nord… Sauf que dans une ville proche de chez nous qui s’appelle Yosano, il y a une ferme qui produit deux tonnes de houblon par an. Ce qui va nous permettre dès cet été d’utiliser son houblon même s’il s’agit un houblon frais et fragile à cause de l’humidité présente dans la région.

Souhaiteriez-vous utiliser plus d’ingrédients locaux ?

Nobuko et moi sommes très sensibles aux questions environnementales. On a toujours essayé de faire au mieux pour vivre en dépensant le moins d’énergie et en polluant le moins possible, en sachant très bien qu’à notre échelle… On ne pourra pas sauver la planète !

Et effectivement la question qui se pose dans le cadre de notre activité, c’est l’enjeu d’un circuit économique local. Je pense sincèrement que notre futur se trouve à côté de chez nous et pas dans la globalisation du monde ni dans les échanges internationaux. L’idée de cette brasserie, c’est donc de travailler pour l’économie locale, dans un système d’entraide, pour ne plus être dépendant d’un marché, et de créer une « boucle » entre producteurs et agriculteurs. D’ailleurs le mot Kohachi que nous avons choisi pour notre entreprise signifie « petit 8 » : le huit de l’infini avec une boucle et le mot petit pour rester local.

Dans chacune de nos bières et dans la mesure du possible, on va essayer d’utiliser des ingrédients locaux ; avec le malt, c’est compliqué même si on a plusieurs projets en cours avec des fermes locales. Nous souhaiterions rassembler plusieurs fermiers qui cultivent le riz. C’est une culture très difficile et qui se vend très mal puisqu’il y a beaucoup trop de producteurs de riz au Japon. Les organisations d’agriculteurs souhaiteraient qu’ils diversifient leurs produits, et l’une des solutions serait de passer à la culture de l’orge.

Nous sommes soutenus par la ville notamment dans un projet de fabrication d’une petite malterie en partenariat avec une autre brasserie de la région. C’est très motivant !

Concernant le houblon, on va donc débloquer un budget pour utiliser le houblon local cet été, mais on a aussi le projet d’en faire pousser dès l’année prochaine. Ici, tous les terrains sont abandonnés et il est facile d’en emprunter pour faire des cultures.

© Kohachi beerworks

Par quels intermédiaires vendez-vous vos bières ?

Nous avons une boutique en ligne, et la brasserie est aussi ouverte aux clients et visiteurs… mais il faut du courage pour venir jusqu’à nous !

Nous vendons également nos bières dans plusieurs magasins de la vallée, dont un dépôt qui se charge de faire la promotion et de vendre nos produits en prenant juste une petite commission sur les ventes. Ce concept est génial car il nous permet de pouvoir faire une bonne marge sur nos produits, contrairement aux magasins traditionnels qui achètent nos bières à des prix très bas afin de pouvoir les revendre par la suite.

Des restaurants à Kyoto nous ont aussi fait plusieurs commandes. On a eu de très bons retours, nos bières plaisent beaucoup aux Japonais !

Et quels sont les différents types de bière que vous proposez ?

Je me base surtout sur la tradition belge pour élaborer les recettes. Et je fais également en fonction des ingrédients auxquels j’ai accès et qui s’accordent bien avec la bière, comme le citron bio par exemple qui est cultivé par un ami et qui est très savoureux.

Pour le moment, nous proposons quatre bières différentes : A Saison in Tango, la bière belge du fermier brassée traditionnellement à la ferme et qui contient du blé cultivé par un voisin, une IPA Kikori sanpo qui est une bière amère et boisée où j’ai introduit du cèdre provenant de notre forêt, la Seya no hohaku brassée avec du riz noir cultivé dans le village par Hideki-san et Yumie-san, ce qui lui donne une couleur pourpre, et enfin notre nouvelle bière la Oni ni kanabo (le gourdin de l’ogre), une stout brassée avec du cacao que des amis chocolatiers nous fournissent. On a bossé ensemble pour choisir le meilleur cacao ; c’est une bière légère pleine de goût !

On a aussi collaboré avec mon ami Taro Yamao qui a un projet de vols en montgolfière avec son entreprise THE MOUNTAINTAILS TRADERS et qui souhaitait proposer une bière spéciale pour l’occasion : la Flight Amateras en édition limitée. C’est une bière composée de branches de pins parasols provenant d’Amanoshidate.

Je tiens à ajouter que nous ne vendons pas ces bières comme des bières belges mais comme des bières locales ; c’est une grande discussion que nous avons avec les autres brasseurs ! Il n’y a que les levures qui viennent de Belgique. Je dirais que ce sont des bières brassées par un Belge, basées sur des recettes belges.

Quels sont vos projets ?

A titre personnel, je souhaiterais pouvoir rentrer en Belgique car je n’ai pas vu mes proches depuis plus de trois ans.

Au niveau professionnel, la brasserie a été lancée il y a quelques mois, et avec Nobuko, on est encore en train de prendre nos marques et d’établir les rôles de chacun.

C’est un peu difficile de penser à l’avenir dans le contexte actuel mais une chose est sûre : nous ne souhaitons pas nous agrandir, nous voulons surtout produire mieux et développer plus de partenariats avec les producteurs locaux. J’ai notamment proposé à un ami d’une vingtaine d’années qui souhaite se lancer dans l’agriculture, de produire du blé et de lui acheter tout son stock. Un autre ami lance son jardin aromatique, je serai intéressé qu’il fasse pousser de l’hibiscus, ainsi que des baies japonaises pour brasser ma bière. C’est important de mettre en place un réseau de confiance et d’obtenir aussi des produits de qualité.

On souhaite bien sûr cultiver nos propres ingrédients comme le houblon ainsi que l’orge. Avec la guerre en Ukraine, le prix du pétrole -et donc des transports- et des matières premières vont augmenter, et il faut que l’on puisse être le plus autonome possible.

Par ailleurs, Toku-san qui nous a offert tout le bois pour rénover notre maison, nous a donné une petite maison qu’il voudrait bien que je rénove, il aurait aussi aimé que je reprenne son entreprise de bois…

© Kohachi beerworks / Toku-san qui nous approvisionne en bois

L’espace aménagé pour accueillir les visiteurs afin de proposer nos bières à la vente et des évènements autour de la bière est un projet qui nous tient à coeur ; tout le monde est d’ailleurs bienvenu chez nous ! Ma passion de guide ne m’a pas quitté, donc si j’ai un peu de temps, ce sera avec plaisir de faire visiter la région aux voyageurs. Le partage et les échanges avec les gens me manquent. J’aimerais bien organiser des visites de groupe dès que ce sera possible.

As-tu des regrets ?

Sans doute qu’il y a des choses que je ferais différemment… Mais je n’ai aucun regret d’être venu m’installer au Japon. Si je veux rentrer en Belgique, c’est juste pour voir ma famille et manger du fromage !

Le Japon n’est pourtant pas un pays facile car même en parlant japonais, c’est très dur de communiquer avec les gens et d’établir des relations amicales comme on peut en connaître chez nous. Le sentiment de solitude notamment à la campagne peut être extrêmement fort, et c’est bien plus dur que ce que je pensais. A Kyoto, il y a une communauté francophone très présente et je sortais souvent avec mes amis Français que je ne vois plus trop depuis que j’habite à Kamiseya… et la pandémie n’a rien arrangé, chacun a dû s’adapter comme il pouvait !

Et pour finir, quelles sont les lieux à découvrir que tu conseillerais aux futurs voyageurs ?

Je conseillerai de visiter la région où je vis actuellement : Tango. Par contre, il est indispensable de louer une voiture.

Amanohashidate est à voir bien sûr, mais il faut surtout se rendre sur le littoral au nord de la région à Amino par exemple, une ville avec des maisons collées les unes aux autres tout le long de la mer, qui a préservé la culture du tissage de soie.

© Visitkyotango.com / sur le littoral au nord de la préfecture de Kyoto

On y trouve de superbes plages de sables blanc et une eau turquoise ainsi que des montagnes au loin. C’est magnifique !

Le principal conseil que je donnerai aux futurs voyageurs étrangers est : fuyez la ville, venez à la campagne ! Les gens seront heureux de vous recevoir.

Merci Julien pour cet échange inspirant ! A bientôt à Kamiseya !

Vous pouvez suivre Kohachi beerworks sur internet et les réseaux sociaux :

Site internet : https://www.kohachibeer.com

Facebook : https://www.facebook.com/kohachibeer

Instagram : https://www.instagram.com/kohachi_beerworks/

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s