Jean-Jacques, conseiller en séjours linguistiques à Kyoto

Jean-Jacques, Français vivant au Japon depuis 25 ans, a créé avec son épouse l’entreprise AJ-France qui propose aux Japonais des cours de français, des séjours linguistiques et des formations professionnelles en France. Dans cet entretien, il nous parle de sa vie à Kyoto, de son travail, ainsi que de son projet de développer son activité auprès des francophones souhaitant venir étudier ou se former à un métier artisanal dans le Kansai.

Jean-Jacques, peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?

Je m’appelle Jean-Jacques Truchot, j’ai 58 ans et je suis né à Paris mais j’ai grandi à Grenoble.

J’ai débuté par une formation de jardinier-paysagiste puis je suis parti à l’armée. A mon retour, j’ai repris des études pour passer un BTS Marketing, que je n’ai pas obtenu car mon stage effectué en Chine correspondait plus à un BTS Commerce International ! Ce BTS m’aurait d’ailleurs plus intéressé mais je n’avais pas pu m’y inscrire ne maitrisant qu’une seule langue à l’époque…

J’ai ensuite fait une formation chez un transporteur routier et un stage à l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle, ce qui m’a ensuite permis de travailler chez un transporteur aérien japonais. Au bout de quelques années, je ne souhaitais pas continuer dans cette voie, j’ai donc décidé de partir au Japon !

Pourquoi avoir choisi d’aller vivre au Japon ?

J’étais déjà venu une première fois au Japon accompagné d’une amie Japonaise mais au delà de cette première expérience, j’ai toujours été attiré par ce pays depuis mon enfance. Ce sentiment ne s’explique pas ; je savais que ma place était soit au milieu des Amérindiens, soit dans un pays asiatique, en Chine ou au Japon !

A l’époque, je m’intéressais notamment au jeu de Go et aux bonsaï, et je me suis rendu compte que beaucoup de choses me ramenaient à l’Asie.

J’ai par la suite rencontré une Japonaise à Paris qui est devenue ma femme plusieurs années plus tard, et quand j’ai eu envie de tenter ma chance au Japon, elle m’a suivi ! J’ai démissionné de mon travail et je me suis inscrit comme étudiant car c’était le moyen le plus simple pour venir vivre dans l’archipel.

Le PVT (Visa Vacances Travail) existait-il déjà ?

Non, je suis arrivé au Japon à la fin de l’année 1995 et ce visa n’existait pas encore. De toute façon, j’aurai été trop vieux pour pouvoir y prétendre car j’avais déjà 32 ans…

Je suis donc parti deux ans en tant qu’étudiant en langue japonaise au Japon.

Et je savais au fond de moi que je ne repartirai pas !

Dans quelle ville as-tu vécu ?

Je me suis installé à Kyoto et j’y vis encore aujourd’hui avec ma femme et ma fille de 10 ans.

A l’époque, un couple d’amis Japonais qui vivait à Kyoto s’était porté garant pour moi à mon arrivée au Japon. Ces amis m’avaient parlé d’une très bonne école KICL « Kyoto Institut of Culture & Langage » où je me suis inscrit.

Qu’as-tu fait à la fin de tes deux ans d’études ?

J’ai pris un visa culturel car j’apprenais le kyudo (tir à l’arc) quatre à cinq heures par jour. Malheureusement, pour des raisons personnelles je n’ai pas continué.

Ma femme avait commencé à donner des cours de français à quelques amies et comme elle très pédagogue et très indépendante, on s’est dit que cela pouvait être une bonne idée qu’elle en fasse un métier à plein temps et qu’elle se mette à son compte.

C’est ainsi que nous avons créé notre école d’apprentissage du français à Kyoto.

Tu enseignais aussi dans cette école ?

Même s’il m’est arrivé de donner quelques cours, je ne suis pas trop à l’aise pour enseigner le français.

Par contre, j’aime le contact humain, et j’ai donc débuté en créant ma société de conseil et d’accompagnement pour aider les Japonais qui avaient le projet de venir étudier en France.

Peux-tu nous en dire plus sur cette activité ?

Au bout de quelques années, avec mon épouse, nous avons finalement regroupé nos deux activités en une seule société qui s’appelle AJ-France : une agence qui propose aux Japonais des cours de français à Kyoto mais aussi des séjours linguistiques et des formations professionnelles en France. Cela m’a conduit à être en contact avec de nombreuses écoles de langues et écoles professionnelles.

Je fais cette activité depuis presque 20 ans et j’ai plusieurs dossiers dont je suis fier, notamment trois Japonaises qui ont fini Compagnons du Tour de France !

Comment sont-t-elles devenues « Compagnons du Tour de France » ?

La première avait environ 13 ans quand elle est partie en France. Elle a étudié dans un lycée puis est entrée au Centre de Formation des Compagnons en boulangerie.

Les deux autres jeunes avaient déjà une formation en pâtisserie et sont entrées directement sur le Tour de France.
L’une d’elle avec qui je suis toujours en contact a épousé un Compagnon de la même spécialité.
Ils étaient d’ailleurs venus tous les deux faire une démonstration dans mon école il y a quelques années.

C’est une grande fierté car intégrer cette institution traditionnelle d’apprentissage n’est pas donné à tout le monde et prend généralement beaucoup de temps et de préparation !

De quelle manière as-tu réussi à te faire des contacts et un réseau en France tout en étant localisé au Japon ?

J’ai commencé en cherchant des partenaires et en démarchant les écoles par mail puis quand je suis devenu un peu plus connu comme agent, on m’a invité dans des salons professionnels à Tokyo, et en Europe.

Comment l’activité d’AJ-France a-t-elle évoluée ?

Je me suis rendu compte qu’il y avait de plus en plus d’instituts et d’écoles de langues qui proposaient des séjours linguistiques, mais sans vraiment accompagner les gens notamment pour les demandes de visas.

L’activité de notre école de langues s’étant un peu réduite ces dernières années, nous avons donc développé -avec l’aide d’une collaboratrice-, un service d’aide pour gérer des dossiers complexes, comme des refus de visas dans les autres agences ou aider des professionnels qui partent diriger leur société en France. Grâce à cette expertise, nous nous sommes retrouvés involontairement avec un nouveau profil de clientèle… Des confrères ou des agences de voyage nous sollicitent souvent pour nous demander notre aide dans la gestion de certains dossiers.

Nous avons aussi démarré une autre activité puisque l’Ambassade de France nous a agréé pour faire des traductions certifiées. Dans ce domaine, nous avons aussi une nouvelle clientèle : des Français (ou francophones) résidant dans le Kansai et qui ont besoin de traductions officielles pour les mariages, les divorces, les naissances, les carnets de santé, etc…

Quel impact a eu la crise sanitaire sur ton travail ?

Dans le cadre de notre école de langues, vu que nous travaillons avec une petite equipe et offrons exclusivement des cours privés, on a réussi à se maintenir. Comme il s’agit d’une petite structure, on a pu réagir et proposer des cours via Skype ou même en présentiel en prenant les précautions nécessaires pour limiter les contacts puisque nous ne proposons pas de cours collectifs.

Et nous avons pu reprendre l’activité d’accompagnement d’étudiants ou de professionnels Japonais qui souhaitent partir en France car le pays a rouvert ses frontières.

As-tu eu l’envie de proposer aussi un accompagnement aux Français (ou francophones) qui souhaiteraient venir étudier et se former au Japon ?

J’ai l’envie depuis un moment mais la collaboratrice avec qui je travaille ne souhaitait pas s’occuper des Français par manque de temps.

C’est vrai qu’il y a depuis de nombreuses années un réel engouement des Français pour la culture japonaise et je pense qu’avec l’expérience que j’ai dans mon domaine, je peux vraiment apporter mon aide à travers cette nouvelle activité, qui je l’espère marchera une fois la crise du Covid-19 passée.

J’ai donc décidé de m’en occuper tout seul mais j’ai dû mettre un peu ce projet en suspens au début de la pandémie.

Aujourd’hui, mon site internet est quasiment prêt et j’ai déjà trouvé les écoles partenaires localisées principalement dans l’Ouest du Japon (Osaka, Kyoto, Kobe, et un peu Kyushu) car c’est un secteur que je connais bien et où je suis très actif notamment dans la communauté française.

J’aimerais aussi proposer aux francophones des formations pour leur faire découvrir l’artisanat japonais.

Mais tant que le Japon reste fermé aux étrangers, c’est compliqué de mettre en place ce service…

Tu n’as jamais voulu faire ton activité dans une autre région ?

Non, mais c’est vrai qu’en ce qui concerne mon domaine d’activité, ce serait plus facile d’habiter à Tokyo, notamment pour l’accès aux services de l’ambassade. En habitant à Kyoto, je ne peux pas tisser les mêmes liens avec ces services que si j’habitais Tokyo. Cependant, nous avons un très bon consul ici que je rencontre régulièrement.

Peux-tu nous parler de la ville de Kyoto ?

C’est une ville à taille humaine avec beaucoup de nature où il est facile de se déplacer à vélo, à pied ou en métro.

Il n’y a pas le stress que l’on en peut rencontrer dans la capitale.

Et l’avantage en vivant à Kyoto, c’est que nous sommes assez bien protégés des catastrophes naturelles ; la position et la structure de cette ville font que nous avons très peu de tremblement de terre ou de typhon. Je suis d’ailleurs îlotier dans ma circonscription : en situation d’urgence (séisme, catastrophe naturelle ou toute situation de crise), je serai sollicité pour coordonner et faciliter la communication entre la section consulaire et la communauté française…

J’habite près du Château Nijo dans une zone loin du centre touristique, ce qui reste agréable.

Avant la pandémie, il y avait à mon goût beaucoup trop de touristes ce qui a amené la mort de certaines rues typiques comme la rue Nishijin avec de nombreux magasins d’alimentation japonaise qui ont été remplacés par des magasins de souvenirs.

As-tu des regrets ? Et ressens-tu parfois le mal du pays ?

J’ai perdu mon père lors de ma première année au Japon. Il était malade depuis plusieurs années mais ce fut une période difficile. Je l’avais vu avant mon départ mais je n’avais pas pu aller à son enterrement.

Et ma mère est décédée dix ans plus tard, du coup je n’ai plus vraiment d’attache avec la France.

Avant, j’allais en France une fois par an ; j’étais content de revoir ma famille et mes amis…. et pouvoir manger du saucisson, et des bonbons Haribo ! Mais j’étais à chaque fois soulagé de revenir au Japon.

Maintenant, ma vie est ici, je m’y sens bien, je ressens moins d’agressivité qu’en France. Même si je suis parfois stressé par le travail…

As-tu rencontré des difficultés pour t’intégrer et te faire des amis à Kyoto ?

Je n’ai jamais vraiment ressenti de discrimination ou rencontré de souci particulier avec les Japonais depuis mon arrivée à Kyoto.

Je n’ai pas non plus vraiment cherché à m’intégrer car quand on est étranger au Japon, même depuis 25 ans, on n’est jamais vraiment intégré. Par contre, j’ai toujours vécu selon leurs règles et respecter leur culture.

Quand je rentre dans une maison ou dans un temple, j’enlève mes chaussures, je nettoie le petit temple dans ma rue, je fais ce que font mes voisins…

Cependant, il m’arrive de poser des questions ou de faire des choses qui peuvent les perturber.

Je partage un champ avec des Japonais d’un certain âge, où je fais pousser des légumes qu’ils ne connaissent pas comme des artichauts, et ils me demandent souvent comment ces produits se cuisinent !… Ma parcelle est désordonnée et très sauvage alors que celles de mes voisins sont bien nettoyées : ils passent leur temps à nettoyer la terre, remettre de l’engrais alors que de mon côté tout pousse tout seul ! Ce sont des petites différences culturelles qui sont enrichissantes finalement.

Et dernière question : quels sont tes lieux préférés au Japon et plus particulièrement à Kyoto ?

J’aime bien le jardin du temple Shinsenen qui a la particularité d’être à la fois un temple shinto et bouddhiste avec un très grand étang. Il a beaucoup de charme surtout quand il fait beau.

Il y a aussi le temple des mousses « Saiho-ji », située dans la banlieue Ouest de Kyoto que je n’ai pas visité depuis mon premier voyage au Japon car il n’est visitable que sur rendez-vous.

En dehors de Kyoto, j’ai bien aimé Nagano et Kyushu.

Je recommande aussi Okinawa en hiver notamment Ishigaki où il y a de nombreux oiseaux ; étant passionné d’ornithologie, c’est un plaisir à chaque fois de me rendre à cet endroit.

Merci Jean-Jacques pour cet échange passionnant ! A bientôt à Kyoto !

Vous pouvez suivre Jean-Jacques et sa société AJ-France sur internet et les réseaux sociaux :

Site internet pour les francophones : http://ajf-japan.com

Page Facebook pour les francophones : http://facebook.com/ajfjapan/

Ecole de langue française : http://aj-france.com

Séjours pour les Japonais : https://www.france-ryugaku.com/

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